Lausanne – Istanbul

Un détour à vélo

Récit d’un détour à vélo ()

Que ce soit sous la tente sous un orage, à la terrasse d’un restaurant bosniaque, dans la fraîcheur d’un hamac à l’ombre d’un arbre quand il fait trop chaud pour pédaler, dans une auberge de voyageurs dans une capitale dont on ne connaissait rien, toujours ce même rituel: ouvrir ce carnet noir et écrire.

Écrire le voyage, porter et partager un regard sur le monde qui nous entoure et qui défile sous nos roues, pour nous, pour vous aussi.

Après avoir laissé reposer les mots, puis les avoir retravaillés et arrangés, nous vous proposons une lecture croisée de nos textes le

4 avril 2012 à 20h00

Ferme de l’Hermitage

Route du Signal 2
1018 Lausanne

Nous nous réjouissons de vous revoir ou de vous rencontrer à cette occasion.

Photos de notre voyage ()

Bonjour à tous !

Pour ceux que ça intéresse, voici un lien sur une galerie Picasa avec les photos de notre détour à vélo :

 Galerie photo 

Le long de la Marmara, avant dernier jour de vélo

 

En pieces detachees ()

Le démontage

Nous vous avions laisses a Istanbul, nous y sommes toujours. Cette ville merite la semaine entiere que nous y passons et qui nous permet de decouvrir et de visiter avec la lenteur necessaire pour s impregner pleinement de l atmosphere d un quartier, de s adonner a la contemplation a l interieur d une mosquee ou de se prelasser dans un parc. Au debut de notre sejour, il a d abord fallut se decrasser en profondeur dans un petit hamam de quartier, chercher un magasin de velo qui voulait bien nous donner les cartons necessaires au transport de nos bicyles qu il s agissait ensuite de demonter. L image un peu tristes de nos velos en pieces detachees sur les paves devant l immeuble le signifie bien, notre periple est fini et nous ne remontrons plus en selle.

 

Depuis la tour Galata

Le voyage a deux se termine aussi, puisqu Anna nous a rejoint jeudi soir. Nous partons donc tous trois a l assaut des curiosites et des incontournables d Istanbul. La tour Galata, la mosquee bleue, une escapade sur le continent asiatique, la mosquee Aya Sophia et bien d autres plus petites, le grand bazar et le marche aux epices, les iles du Princes et les petites ruelles. Nous explorons un peu plus la cuisine turque, comparant les kebabs et profitant de quelques bonnes adresses pour se faire les plaisirs d une cuisine raffinee.

Il parait le monde est petit, Istanbul et ces 13 millions d habitant doit l etre aussi, car hier soir, nous tombons nez a nez avec Celine et Michael ; eux aussi en vadrouille autour de la Turquie. Antonin rentre aujourd hui pour la Suisse avec les deux velos, Pascal et Anna continue en bus, en bateau et en train pour un voyage de quelques semaines en Turquie et en Europe de l Est pour rentrer mi septembre!

Un grand merci de nous avoir suivi durant notre periple, pour vos commentaires et pour vos emails. C etait un plaisir pour nous de partager cette aventure.

Nous completerons sans doute nos recits une fois de retour en Suisse, n hesitez pas a entrer votre adresse dans la dernier colonne de ce blog pour etre tenu au courant de la publication de nouveaux articles.

Survolant la Marmara ()

Nous vous avions laissés a Mudanya, au bord de la mer de Marmara que nous retrouvions avec plaisir, contents de troquer la grande route -certes pratique mais trop fréquentée – pour une plus petite, plus pentue et plus sauvage. Nous sortons de nuit du cyber-café et décidons de nous mettre en quete d’un hotel pour la nuit. Après quelques essais infructueux, nous parons au plus pressé en s’arretant pour manger un kebap, pour finir par retourner négocier une chambre trop cher. On se retrouve dans une chambre avec qu’un seul lit dans laquelle nous installons un de nos matelas.

Parce que nous n’avons pas de réservation à Istanbul avant trois jours et que l’on veut faire durer le plaisir, nous décidons de ralentir l’allure et de profiter des derniers kilomètres. Après une quarantaine de kilomètres, nous passons donc l’après-midi dans nos hamacs au bord de l’eau, signant également notre première baignade dans la mer de Marmara. La recherche d’un lieu où dormir est parfois laborieuse, celle de ce soir là dura presque une heure. Alors que nous nous appretions à quitter Karacaali dnas l’espoir de trouver une autre opportunité plus loin, un homme nous apostrophe et nous demande de le suivre. İl nous emmène dans l’enceinte d’une colonie de vacances dont il se révèle etre le directeur. Un des moniteurs parle allemand et nous propose d’une voix posée de planter notre tente les pieds dans l’eau. On nous offre le repas, puis le thé à l’arrière de la cusine. Le cuisinier nous présente dans un anglais hilare le fils du directeur, son grand père, l’infirmière et le gendarme qui arrivent au compte goutte pour partager notre compagnie. C’est la soirée disco est nous voilà bientot aux premières loges pour admirer les productions des participants. Au bout d’un moment, accompagnés par les étoiles, nous nous éclipsons pour une dernière baignade et une bonne nuit.

Nous avons si bien intégré notre nouveau rythme de vacances, qu’après seulement huit kilomètres, nous ne résistons pas à l’envie de suspendre nos hamacs au bord d’une plage quasi déserte où nous passons la matinée. On repart sous un soleil de plomb dans un décor époustouflant pour Armutlu où nous mangeons tard et nous attardons dans un cyber-café. Une belle montée entre les arbres et contre le vent, puis une descente fabuleuse survolant la mer et volant avec les mouettes, İstanbul pour la première fois en ligne de mire. Chacun espérant secrètement qu’il faudrait moins de temps que la veille pour trouver une place pour notre tente, nous essuyons un premier refus. Puis, dans la montée,  »Weiter weiter », on nous encourage en allemand; On s’arrete pour entamer la discussion. Quand on en vient à demander de l’aide pour trouver une place pour camper, il ne réflechit pas, il nous indique sa maison, le troisième etage est pour nous, la clé est sur la porte, vous ne payez rien, aller vous installer, güle güle, Auf Wiedersehen. Nous cuisinons avec notre réchaud dans la cuisine d’un appartement kitsch et bien équipé, puis mangeons notre platée de pâtes sourplombant la mer et le soleil qui se couche, avant d’en faire autant. A l’heure qu’il est, on en revient toujours pas de cet homme qui, d’une voix autoritaire, nous informa que l’on dormirait chez lui ce soir là.

Notre dernière étape fut encore plus courte que ce à quoi l’on s’attendait ; à peine 30km qui ne permettent pas de réaliser que le voyage se termine et nous voilà à Yalova où nous prenons le bateau pour le centre d’İstanbul. Une traversée d’une heure et quart, le temps de partager le trajet parcouru avec d’autres passagers et de voir se profiler de plus en plus distinctement les minarets de Sainte-Sophie et le port de Yenikapi.

 

 

Et partager en silence ()

De la curieusite, de l excitation, tres peu d apprehension – elle est forgee par les mauvaises experiences, et nous en avons ete epargne -, de l ignorance, l envie de se remplir les yeux, la panse, les oreilles… bref les cinq sens sont en eveil avant le passage d une frontiere. On s affute. On se rejouit de voir ces douaniers qui vont marquer notre premiere rencontre avec le pays. Pour la Turquie, on passe un premier bloc qui ne semble pas interesser les cyclistes. Au deuxieme, on jette un regard furtif au passeport de Pascal et la couleur du mien suffit. Le dernier bloc est destine aux automobilistes uniquement. Les cyclistes ont la vie facile par ici ! C est deja la Turquie. Les frontieres sont des especes de transitions mais elles ne nous preparent en tous les cas pas a ce que l on va decouvrir.

C est le dernier pays… ca meriterait quelques larmes d emotions mais l affaire est si vite classee que l on realise a peine que l on y est. Que c est la, sous nos roues ; le pays que l on mirait depuis le depart – un point a l horizon. Les kilometres passent en heures silencieuses, en discussions passionnantes – la vie est faite d une infinite de ressemblances et d un certain nombre de differences -, en chansons qui l on rumine en boucle, en plaintes contre le vent, en saluts aux camions qui nous depassent et nous adressent un signe.

Adnan – traduit par son ami en allemand – disait que : « ne pas avoir de langage commun ne nous empeche pas d etre amis, freres et de s aimer ». Un homme magnifique qui nous accosta pour nous offrir le the. Avant le chant du Muezine,  qui annonce la priere, il se propose pour nous heberger. Je n ai jamais autant regrette d avoir deja trouve un hotel. On se salue par un serre de main et les cotes de la tete qui se touchent l un apres l autre. On apprend a dire merci en Turque. On se regarde en posant la main sur le coeur en signe d emotion.

Mosquée de Bıga

Je pensais que le velo nous emportait dans un rythme nouveau, une autre facon de vivre le voyage. Et je ne m etais pas trompe. Bien des fois, nous avons peine lorsque l on nous demandait pourquoi on faisait ca, si nous avions du plaisir a voyager ainsi ; mais pourquoi donc a velo ? İl faut le vivre. Partir lentement, adopter un autre rythme, une autre posture, assis sur une selle, le corps rigide et la tete qui observe les alentours, une autre posture face au monde. Pourquoi a velo ? Pour ce rythme, pour cette posture, pour la fragilite, pour l epreuve mentale bien plus grande que celle physique, pour se sentir grandir, pour l exces, pour le repos, pour la douche attendue depuis deux jours, pour les 500gr de pates quotidiennes, pour voir Pascal ivre de joie, pour partager avec lui en silence, pour nos deux mains qui se frappent, pour entonner les memes chants.

Etre acteur de ce que l on a la chance de voir, de sentir, de toucher.

 

Les touristes, c’est les autres voyageurs ()

Assis sur un banc sous un gros arbre non loin du port de Sevketige où nous nous sommes arretés pour manger, nous essayons de distinguer le touriste du voyageur. Antonin n est pas tendre avec les touristes et cherche a s en dissocier le plus possible, je prend leur defence en affirmant que le touriste peut lui aussi etre itinerant, ou en retorquant que la rencontre n est pas l apanage du voyageur. Mais comme moi aussi j aime a me croire plus voyageur que touriste, je lance que les voyageurs c est nous, et les touristes les autres voyageurs. Nous finissons par tomber assez d accord pour dire que c est la planification – ou le degre de planification – qui determine si l on voyage ou si l on fait du tourisme, pour conclure qu au final, le touriste se rend a des endroits parce qu il y a des choses a y voir, alors que le voyageur se rend a des endroits et regarde.

Content de me sentir voyager, je regarde ce qui m entoure avec encore plus d attention que d habitude, et me rejouis de l imprevu et de l incertitude qui entoure la fin de notre etape du jour et l endroit que nous trouverons pour passer la nuit. Parce que nous y trouvons un cyber-café et que nous nous y attardons quelques peu, nous decidons de passer la nuit a Biga, ou nous nous mettons en quete d un hotel bon marché qui serait l occasion d une vraie douche et d une lessive. A quelques metres de l endroit qui nous a été indiqué, juste avant la mosquee, on nous apostrophe depuis un café ouvert sur la rue. C est une invitation a boire le thé, nous l acceptons mais faisons comprendre que nous allons rapidement nous installe a l auberge pour nous decrasser. Alors que nous revenons quelques minutes plus tard, celui qui nous avait interpelle, Adnan, nous accueille et nous fait signe de prendre place à une table proche de lui, les fronts s entrechoquent trois fois pour se saluer, il fait venir son cousin qui parle allemand. Rondouillard, la cinquantaine grisonnante et le visage deja fatigue par la vie, Vahit commence la discussion avec entrain. Adnan fait signe qu il parle trop et qu il aimerait bien qu il traduise ses mots de bienvenue et ces questions, mais il a des choses a dire et tient a le faire. İl entreprend le recit de sa vie, empruntant de raconter dans une chronologie aleatoire sons enfance en Allemagne, sa blessure de ne pas avoir pu continuer ces etudes à cause du refus de son père, son retour en Turquie pour son service militaire puis ce visa pour l Allemagne qu il attend toujours. Le monde complotte contre Vahit, Spielberg lui aurait meme piquer le debut de son scenario pour le film  »Alexandre ». İl a fait guide touristique sur la cote pendant quelques temps et entreprend un cours d histoire turque sur la carte que j avais esquissee pour expliquer notre itineraire. Vahit fonctionne par association d idées, pense en rond, et j ai de la peine a traduire son allemand parfois parfait mais souvent écorché à Antonin, qui un peu avant moi commence à s ennuyer ferme. Le muezzin a chanté, le café s est vidé, Adnan priera pour Vahit qui tient a continuer la conversati0n. Nous nous échappons pour trouver de quoi manger. A notre retour, chacun à retrouver sa place et nous disons au revoir. Adnan fait traduire qu il est desole de ne pas parler de langue étrangère, mais que cela ne nous empeche pas d etre frères, ni lui de nous aprécier et de nous aimer, il nous aurait bien invite chez lui mais il habite loin.

Le voyage continue et l imprevu n est jamais loin. Apres avoir lutter contre un vent toujours tenace sur une grande route dont nous empruntons la voie de secour, nous arrivons à Bandirma depuis où nous souhaiterions prendre une petite route longeant la cote. Comme personne ne semble en connaitre l existence, au bout de la quatrieme mines déconfites, nous abandonnons cette perspective réjouissante et reprennons notre grande route. Le vent n est plus là et nous avançons vite, mais il est bientot temps de se trouver un endroit où dormir. Dans le petit village de Dagkadi, personne ne semble parler une autre langue que le turque, et comme le notre et nos gestes ne suffisent pas pour se faire comprendre, nous poursuivons notre chemin jusqu à la sortie du village et nous installons cachés dans les brousailles derriere un talus. Comme il ne nous reste plus d eau dans nos gourdes a la fin du repas, j attends la tombée de la nuit pour aller les remplir à une fontaine que j ai repérée a la sortie du village. Sur mon chemin, je rencontre trois jeunes qui boivent des bieres accoudés à leur voiture. L un me rattrape et fait des gestes que je ne comprends pas, il montre les etoiles, puis fait un grand geste circulaire avec ces deux bras. Devant son air dubitatif, il me prend le bras et m accompagne vers le village. La fontaine où je veux prendre de l eau ne convient pas, il faut aller plus loin. Nous finissons sur la place du village, il me propose du tchai, du thé que l on sert dans des petits verres en forme de vase. Quand je veux repartir pour ne pas inquiéter Antonin resté au campement, il me fait signe qu il faut attendre la jandarma, la police. İl est gentil et tout sourire avec moi, et je conçois mal qu il nous ait denoncé à la police pour camping sauvage, mais j aimerais quand meme évité cette rencontre et retourner a la tente sans dévoiler notre emplacement. J affirme donc un peu plus mon envie de partir et me met en marche, il court acheté une bouteille d eau fraiche et me rejoint aussitot. İl passe quelques téléphones tout en réitérant ces gestes que je ne saisis pas. İl finit par me passer son portable et quelqu un qui parle allemand avec qui je commence à discuter. İl me pose quelques rapides questions sur notre voyage et sur ce dont nous avons besoin, avant que les feux rouges et bleus d une grosse Jeep de la police nous interrompe, il me dit qu il arrive dans cinq minutes. Entre temps, je m entretiens dans un anglais rudimentaire avec les deux policiers qui semblent fort sympathiques, sans réussir à comprendre de quoi il est question exactement. Nous nous approchons de notre campement et j avertis Antonin que j arrive avec la police, pour lui laisser le temps d enfilier un t-shirt. Nous revenons tous sur la route. Celui qui parle allemand est arrivé et nous comprenons enfin que c est dangereux de camper la, à cause des serpents et des jeunes du villages qui font la fete, et qu ils sont là pour nous aider a trouver un autre endroit pour nous installer. Marwal, notre interprete, propose son jardin. Nous rangeons le plus rapidement possible nos affaires pour suivre sa voiture et la jeep de la police sur quelques kilomètres, avant d arriver dans le jardin terreux d une maison fraichement construite.

 

Des salades grecques aux assıettes de melon et pasteques ()

Arrıvée sur Kavala

Nous vous avıons laısse a Kato Nevrokopı, ou nous venıons de passer la nuıt dans le preau d une ecole. Quelques heures plus tard, nous debarquıons en dessus de Kavala et decouvrıons la mer, nous extasant de nous y etre rendu a velo et nous trouvıons vıte un campıng au bord de l eau pour s y baıgner joyeusement.

La journee d apres fut marquee pas nos premıers (petıts) soucıs technıques, la perte des lunettes de soleıl qu ıl a fallut dırectement remplacer, du jeu dans le roulement du pedalıer qu ıl a fallut faıre changer, et deux petıts trous dans une chambre a aır qu ıl a fallut reparer. Malgre ces quelques perıpetıes, nous concluıons une bonne etape en ınstallant apres 130 km notre tente dans le jardın d un supermarche a la sortıe de Komotını.

La Grece est au bord de la mer, et nous avons su en profıter pour y faıre nos poses de mıdı, l eau est trop chaude pour s y rafraıchır vraıment et les rouleaux trop attırants pour que l on se repose, maıs qu est ce que c est agreable! Portes par cette atmosphere de vacances, nous n avons pas non plus hesıte a nous faıre a multıple reprıses le plaısır d un bon petıt restaurant ; profıtant du raffınement de la cuısnıe grecque.

Apres une dernıere nuıt en Grece passe sur une colıne perdue au mılıeu des etoıles et des moustıques, nous nous faısons accueıllır a la douane par le  »gruezı » d une garde frontıere suısse, quı nous laısse passe sans meme ouvrır nos passeports, encore surprıs de nous savoır rendus la a velo. Nous voıla en Turquıe, c etaıt notre dernıere frontıere, Istanbul se rapproche a grand pas meme sı ceux que nous rencontrons, quı ne percoıvent sans doute pas toujours  tout le trajet parcouru, contınuent de trouver que notre destınatıon est bıen loıntaıne pour deux cyclıstes.

Plus pres de l'eau c'étaıt pas possıble

Pousses par un vent de dos ımpressıonnant jusqu a Gelıbolu, nous embarquons dans le ferry sans meme mettre pıed a terre. Dıx mınutes plus tard, nous avons changer de contınent en debarquant a Lapsekı. Nous longeons la mer de Marmara en luttant contre le vent que nous avons cette foıs en pleıne face, puıs contınuons jusqu a Bıga ou nous trouvons une chambre d hotel, un repıt quı permet de prendre une vraıe douche et de faıre la lessıve, aınsı que de reparer le matelas de Pascal.

A Bandırma, nous ne trouvons pas la petıte route quı nous auraıt faıt longer la cote. Personne ne la connaıt, nous renonçons et contınuons sur la grande route ou la cırculatıon est ıntense, maıs ou nous pouvons rouler bıen a l abrı sur la voıe d urgence. Le soır tombe, nous bıfurquons vers un petıt vıllage ou nous voulons trouver refuge pour la nuıt. Comme apres quelques essaıs, nous n avons pas reussı a nous faıre comprendre par les habıtants du coın avec quı nous ne trouvons pas de langue commune, nous nous trouvons un petıt coın dans des brousaılles a la sortıe du vıllage pour ınstaller notre campement. Bıen que nous cherchons a rester dıscrets, nous sommes decouverts quand ıl faut aller chercher de l eau. Apres une hıstoıre que nous prendrons le temps de vous raconter plus tard, nous nous retrouvons avec la polıce et tout un attroupement autour de notre campement, plus un homme quı arrıve et quı parle allemand. Nous comprenons enfın qu ıl est dangereux de camper ıcı (a cause des jeunes du vıllage quı boıvent de l alcool et des serpents, nous dıt-on), et qu ıls peuvent nous aıder a trouver un autre endroıt ou planter notre tente. De fıl en aıguılle, nous fınıssons dans le jardın de notre traducteur, a devorer des assıettes entıeres de melons et de pasteques, rıen en comparaıson du monstreux dejeuner quı nous attendaıt le lendemaın matın!

Aujourd huı, nous avons rejoınt la cote de la mer de Marmara et ses paysages sublımes, pour fınır ce soır a Mudanya, ou nous allons chercher a dormır!

Un detour bulgare ()

Campıng dans un champ a Belı Iskar

Nous nous etions endormis la veille, dans un champ aux abords de Beli Iskar, sans savoir si nous trouverions cette petite route indiquee en blanc sur notre carte mais pour laquelle nous n’avions trouve aucuns panneaux dans le village. Apres une tentative infructueuse nous revoila a notre point de depart, a suivre les indications d’autres bras se tendant vers d’autres montagnes. Cette fois nous avons trouve notre route, nous sommes du bon cote de la riviere, le paysage est spendide et la route monte lentement vers un col a 2000 metres d’altitude. Au bout de 12 kilometres de bonheur, une barriere et un policier qui va en chercher un autre qui parle bien l’anglais. On ne peut pas passer, c’est une zone interdite depuis des annees. Il n’explique ni notre carte qui indique une route qui selon lui n’existe pas, ni les bras des gens du village, comprend notre deception et notre agacement de ne pas avoir ete prevenu plus tot, il est desole, mais non, vraiment on ne peut pas passer, pas d’exceptions pour des voyageurs a velo, non.

Pas decu de redescendre cette vallee dont la beaute vaut la peine, mais un peu desapointe par le detour de plus de 100 kilometre que nous impose cette route bloquee, nous remontons sur nos velos. On rumine  un moment notre deception, on se laisse le temps d’oublier ce col dont on se rejouissait, de se faire a l’idee de ce changement d’itineraire. Ce n’est pas tant la perspective du detour qui derange – on se targue bien depuis le debut de notre voyage de ne faire qu’un  long detour entre la Suisse et Istanbul – c’est le detour innatendu qui perturbe, qui prend par surprise et oblige a depasser la frustration de se voir refuser le chemin promis.

Nous avons bien avance et venons d’entamer, soixante kilometres plus loin, une longue ascencion de vingt-trois kilometres qui va nous permettre de rejoindre Yundola, puis demain, Yakoruda ou nous devrions etre a l’instant. La vallee est devenue gorge, les parois abruptes debordent de verdure, la riviere est sinueuse si bien qu’a chaque tournant on se demande ou la route va bien pouvoir se frayer un chemin. Ce detour m’a permis de me rappeler pourquoi je pedale, pas pour relier des points entre eux ni rallier une ville par le chemin le plus direct et le plus rapide, mais pour des montees comme celle-ci, des rivieres comme celle que nous suivons, pour ce chauffeur qui accompagne son klaxon d’un bonjour souriant et d’un geste de la main, pour une nuit de camping sauvage, perdu dans les montagnes bulgares au bord d’un chemin que nous n’aurions jamais emprunte sans ce voyage.

Ce detour m’a rappele que note voyage en est un, et que c’est important qu’il en soit ainsi, rien que pour les sourires ebetes de ceux qui ne comprennent pas notre itineraire en zigzag, ou l’exclamation de ce bucheron que nous rencontrons le lendemain, qui s’etonne que nous prenions la direction de la Grece alors qu’il faut prendre par l’autre cote pour rejoindre Istanbul. Il est interesse par notre voyage, nous envie un peu mais s’inquiete pour nous, on nous l’a deja dit sans doute, mais les bulgares sont un peuple rugueux. On nous l’avait deja dit a Sofia oui, et on nous le repetera jusqu’a la frontiere. Le douanier est curieux, il veut tout savoir de notre voyage. Il a garde de sa fonction l’exactitude et l’exhaustivite des questions, mais n’a rien d’inquisiteur ni d’autoritaire. Comment fait-on pour dormir, pour se faire a manger, pour avoir de l’argent dans les monnaies locales ? Et comment trouve-t-on la Bulgarie? Et vous n’avez pas eu de problemes? Non repondez franchement vous n’avez pas eu de problemes? Non vraiment, aucun probleme. Nous quittons la Bulgarie en n’ayant rencontre que des bulgares accueillants et fort sympathiques, qui nous auront tous dit de se mefier d’eux.

On repart debordant de sourires ()

On passe la frontiere. Le douanier bulgare n en revient pas. Dans un bon anglais, il nous demande si nous sommes fous. La rigueur et la severite que nous imposons a l image du douanier a disparu. Il est curiex, attentif, passionne, bienveillant. « Avez-vous eu des problemes en Bulgarie ? Et pour dormir, vous faites comment ? Pour manger ? Vous aviez un itineraire etabli ? La Bulgarie vous a plu ? Vraiment, vous ne dites pas ca pour me faire plaisir ?  » On repart debordant de sourires. Rencontre inattendue, magique. C est pour ca qu on fait ce voyage.

Quelques kilometres plus loin, on debarque dans l enceinte d une propriete - vendeurs de machines agricoles avec un grand jardin que nous convoitons deja. Ils ne parlent pas anglais. On peine a se faire comprendre. Le couple comprend qu on cherche un endroit ou dormir, poser notre tente. Ils appellent la fille qui parle anglais. Elle m explique qu elle aimerait appeler la presidente – comprenez « Maire » – pour obtenir son accord. « Si ca ne vous derange pas ». Elle nous rappelle en nous transmettant qu une voiture va venir nous chercher pour nous emmener dans l enceinte d une ecole ou nous pourrons dormir. On n a qu a attendre et suivre la voiture une fois arrivee a nos cotes.

Nous suivons la Jeep pour debouler dans une ecole et son grand preau d herbe. On pose les velos, on sort les affaires et deja un petit attroupement d enfant arrive. Ils sont curieux et suivent nos moindres faits et gestes. De la sortie de la tente de son sac jusqu a la derniere sardine. On ne se comprend pas, mais on apprecie deja la presence de l autre. Il nous intrique. Ils nous aident a trouver du bois, puis a le couper en petit morceau. Je retiens deux noms : Teo et Lazare. Et cet enfant, la mine pleine de vie sur ses marques de brulure qui me raconte des tas de chose dans un grec que je ne peux pas comprendre. Ca n est pas grave. Nous nous posons des questions, on s ecoute. C est beau les sons qu il fait. Il me dit certainement ce qu il fait de ses journees, s il a des freres et soeurs, ce qu il aime dans la vie. Je crois qu il me montre ou il habite et qu il m explique la raison de ses marques sur son visage.

On ne s attend jamais a de telles rencontres. On ne s y prepare pas. On se prepare a la route, aux changements de monnaie, a rassembler tout le materiel, a avoir assez d eau pour la nuit, a trouver ou dormir, quoi manger, a des journees de pluie ou de canicule, a des ascensions, a traverser des grandes villes, a des paysages extraordinaires peut-etre, a passer une frontiere. Mais jamais a ses rencontres. Elles tombent d on ne sait ou et il suffit de les vivre du mieux que l on en est capable. D un garder un souvenir pour les temps a venir.

De vraies montagnes ()

Nous vous avions laisse a Sofia, d’ou Istanbul nous semblait tout a coup tres proche. Les montagnes bulgares qui nous ont occupe ces trois derniers jours ont su nous montre qu’il restait tout de meme du chemin a faire!  Bien du denivelle, mais surtout une route indiquee sur notre carte qui s’est revele interdite et qui nous a rajoute 100km a notre itineraire. Mais quel itineraire, des gorges magnifiques ou nous avons pu faire du camping sauvage, des forets grandioses et des montagnes, des vraies montagnes.

Nous avons quitte cette belle Bulgarie hier, pour arriver dans notre avant dernier pays, la Grece. Par une histoire extraordinaire que vous comptera Antonin, nous nous retrouvons a camper dans le preau d’une ecole que nous a indique la maire de la ville, entoure d’enfant qui nous regarde nous installe et nous faire a manger! C’est dans un cybercafe depuis Kato Nevrokopi, apres un petit dejeuner luxurieux qui nous a ete offert, que nous vous ecrivons ces nouvelles avant de reprendre la route pour Kavala au bord de la mer!

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